Antisémitisme : Tunisie

Les Juifs de Tunisie comprenaient des communautés implantées de longue date à Tunis et à Djerba, ainsi que des familles ayant des liens méditerranéens. Sous les beys, la protection religieuse coexistait avec un statut inégal ; les réformes du XIXe siècle ont remis ce cadre en question.

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Publié par WTJPublication mise à jour

Une hiérarchie plus ancienne rencontre la persécution de l’État moderne

Les Juifs de Tunisie comprenaient des communautés implantées de longue date à Tunis et à Djerba, ainsi que des familles ayant des liens méditerranéens. Sous les beys, la protection religieuse coexistait avec un statut inégal ; les réformes du XIXe siècle ont remis ce cadre en question. Le protectorat français a ensuite placé les communautés sous un autre niveau d’autorité. L’exclusion imposée par Vichy a atteint la Tunisie en 1940, et l’occupation allemande de 1942–1943 a entraîné le travail forcé et une coercition directe. L’indépendance et les conflits régionaux ont ensuite modifié les conditions permettant de rester dans le pays.

Avant 1881

Hiérarchie et réforme · Une communauté protégée s’oppose à l’inégalité des statuts

La vie locale juive s’est développée au sein d’une hiérarchie religieuse que les réformes du XIXe siècle ont commencé à remettre en question.

Tunis et Djerba avant la domination coloniale

La vie juive tunisienne contenait des communautés et des traditions distinctes, notamment les institutions religieuses de Djerba et les diverses connexions méditerranéennes de Tunis. Les Juifs étaient des résidents locaux et non une communauté créée par l'occupation française. Les différentes origines et statuts au sein de la vie juive sont importants pour expliquer les politiques ultérieures.

La protection n’équivaut pas à l’égalité

Sous les beys, les communautés non musulmanes occupaient une position juridique inégale même lorsque leur vie religieuse était protégée. La sécurité dépend de l’autorité politique et de sa volonté de maintenir cette protection. Une hiérarchie pourrait coexister avec le commerce et les contacts de bon voisinage sans pour autant devenir une citoyenneté égale.

Le Pacte fondamental de 1857

Le Pacte fondamental de 1857 définit la sécurité et les droits dans une période de réforme tunisienne et de pression diplomatique européenne. Il remet en question les anciennes distinctions tout en s’attaquant également à la situation des résidents étrangers. La réforme démontre que les inégalités étaient débattues et modifiables, plutôt qu’une propriété immuable de la société tunisienne.

1940–1942

L’exclusion sous Vichy · Les responsables du protectorat appliquent la règle dans la vie quotidienne

Les lois anti-juives réduisaient les opportunités avant toute occupation militaire allemande directe.

Un nouvel ordre à travers les anciennes institutions

La législation antijuive de Vichy a atteint la Tunisie par les institutions du protectorat français et l’autorité juridique du bey. La plupart des Juifs tunisiens n’avaient pas bénéficié d’une attribution collective de la citoyenneté française. Leur statut antérieur déterminait le fonctionnement des nouvelles règles. L’Afrique du Nord française ne formait pas un territoire juridique uniforme.

L’identité détermine les possibilités

Les restrictions et les quotas limitaient l’accès des Juifs à l’éducation, aux professions et à la participation publique. Les règles jugeaient les gens à travers une catégorie collective imposée. Une salle de classe ou un emploi pouvaient devenir indisponibles parce que l’État classait une famille comme juive, indépendamment de ce que ses membres avaient fait.

Une définition raciale se durcit

La loi de 1941 appliquait une définition raciale aux Juifs tunisiens et marocains, étendant l’exclusion au-delà d’une catégorie religieuse plus ancienne. L'ascendance est devenue de plus en plus le critère officiel. La position locale établie d’une minorité pourrait être subordonnée à une idéologie importée par le pouvoir de l’État colonial.

Novembre 1942-mai 1943

Occupation directe par les forces de l’Axe · Une armée exige du travail d'une minorité désignée

L'occupation allemande a ajouté le travail forcé, la confiscation et la coercition à la discrimination antérieure de Vichy.

L'occupation commence

Après les débarquements alliés au Maroc et en Algérie, les forces allemandes et italiennes occupent la Tunisie. Le contrôle militaire allemand direct dura de novembre 1942 à mai 1943. Cela distinguait l’expérience de la Tunisie de celle des pays voisins. L’autorité imposant la persécution avait changé, tout comme ses exigences immédiates.

Travail forcé sous la menace

Les autorités allemandes ont contraint les hommes juifs à effectuer du travail forcé dans les camps et les chantiers militaires. Les communautés étaient confrontées à des demandes coercitives de main d’œuvre, d’argent et de fournitures. Il s’agissait d’obligations imposées et appliquées par les occupants. Qualifier le travail d’occupation ordinaire reviendrait à dissimuler la menace qui se cache derrière.

Le ménage devient également une cible

Les forces d'occupation ont confisqué des propriétés et déplacé des familles. La famille de Terese Cohen à Tunis, par exemple, a reçu l’ordre de quitter son domicile pour que les soldats allemands puissent l’utiliser. Une politique militaire est entrée dans une maison avec des biens perdus et un délai urgent pour déménager.

1956-1967 et après

Départ & continuité · L’indépendance relance la question du chez-soi

De nombreuses familles sont parties dans un contexte de changement politique et d'insécurité, tandis que la vie juive tunisienne se poursuivait.

Un pays change de souveraineté

L’indépendance tunisienne en 1956 a transformé le cadre étatique dans lequel vivaient les habitants juifs. Pour décider de leur avenir, les familles tenaient compte du travail, de l’éducation, de l’incertitude politique et des proches à l’étranger. Leurs situations différaient selon leur citoyenneté et leurs circonstances personnelles. L’indépendance n’a pas eu le même effet sur chaque foyer juif.

Le conflit régional atteint les voisins locaux

Les tensions autour d’Israël et la guerre de 1967 ont intensifié l’insécurité et contribué aux départs. Traiter les Juifs tunisiens comme des représentants d’un État étranger ignorait leur propre histoire locale et leurs points de vue divergents. Le transfert de la responsabilité collective a fait d’un conflit extérieur une menace au sein de la vie de quartier.

L'histoire ne se termine pas dans un bâtiment vide

De nombreux Juifs tunisiens ont reconstruit leur vie en France, en Israël et ailleurs, tandis que les communautés sont restées, notamment à Djerba. La migration a transformé l’échelle et la géographie de la vie communautaire. Ceux qui sont partis et ceux qui sont restés ont continué différentes parties de la même histoire plutôt que de raconter une seule histoire de disparition.

2023–présent

7 octobre et aujourd’hui · 7 octobre et aujourd’hui

Une appartenance juive contestée et la rhétorique conspirationniste du président ont formé l’arrière-plan de l’incendie d’une synagogue, visée en représailles aux événements de Gaza.

Le danger a commencé avant le 7 octobre

En mai 2023, une fusillade à Djerba a tué des visiteurs juifs et des agents de sécurité. La communauté juive de Tunisie était déjà confrontée à une sérieuse question de protection avant que le Hamas n’attaque Israël quelques mois plus tard.

Le président Kais Saied a ensuite promis la sécurité aux chefs religieux. Cette promesse était importante car le culte et le pèlerinage juifs faisaient partie intégrante de la vie tunisienne. Se souvenir de l’attaque précédente évite que les violences ultérieures n’apparaissent de nulle part : la colère d’octobre a atteint une communauté dont la vulnérabilité était déjà douloureusement visible.

Une main sioniste imaginaire devient une cible locale

Les Juifs de Tunisie ont connu les restrictions de Vichy et les persécutions de guerre, suivies de disputes récurrentes sur l’appartenance nationale. En septembre 2023, le président Saied a associé un nom juif biblique à une prétendue influence sioniste secrète. L’accusation plus ancienne de contrôleur caché avait acquis une étiquette politique au sommet de l’État.

Le mois suivant, après le 7 octobre et l’explosion de l’hôpital à Gaza, des émeutiers ont incendié la synagogue et le sanctuaire d’El Hamma. Un conflit étranger avait conduit à punir le patrimoine juif tunisien. Ce lien relève d’une interprétation du climat, sans prouver que Saïed ait ordonné l’attaque. Le complotisme politique et la colère dans la rue pouvaient néanmoins renforcer la même idée : la présence juive incarnerait une force extérieure hostile. La destruction du bâtiment montre comment l’opposition au sionisme pouvait devenir un acte antijuif sans qu’une coalition de partis soit établie à sa tête.

Qui protège l’histoire qui reste ?

Le récit du Département d’État décrit une police débordée lors de l’attaque d’El Hamma, sans qu’aucune arrestation n’ait été annoncée à la fin de 2023. Les destructions ont été suivies d’une incertitude quant aux responsabilités.

L’histoire juive de la Tunisie appartient à la vie civique du pays et non en dehors de celle-ci en tant que propriété étrangère. Le sanctuaire endommagé soulève donc une question plus vaste que la réparation d’un bâtiment : celle de savoir si l’État protégera la place d’une minorité dans l’histoire nationale. Les promesses de sécurité devaient être mesurées à l’aune de ce qui se passait lorsqu’un site juif était effectivement attaqué.