7 octobre et aujourd’hui · Tunisie · 2023–présent

Une appartenance juive contestée et la rhétorique conspirationniste du président ont formé l’arrière-plan de l’incendie d’une synagogue, visée en représailles aux événements de Gaza.

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2023–présent

7 octobre et aujourd’hui · 7 octobre et aujourd’hui

Une appartenance juive contestée et la rhétorique conspirationniste du président ont formé l’arrière-plan de l’incendie d’une synagogue, visée en représailles aux événements de Gaza.

Le danger a commencé avant le 7 octobre

En mai 2023, une fusillade à Djerba a tué des visiteurs juifs et des agents de sécurité. La communauté juive de Tunisie était déjà confrontée à une sérieuse question de protection avant que le Hamas n’attaque Israël quelques mois plus tard.

Le président Kais Saied a ensuite promis la sécurité aux chefs religieux. Cette promesse était importante car le culte et le pèlerinage juifs faisaient partie intégrante de la vie tunisienne. Se souvenir de l’attaque précédente évite que les violences ultérieures n’apparaissent de nulle part : la colère d’octobre a atteint une communauté dont la vulnérabilité était déjà douloureusement visible.

Une main sioniste imaginaire devient une cible locale

Les Juifs de Tunisie ont connu les restrictions de Vichy et les persécutions de guerre, suivies de disputes récurrentes sur l’appartenance nationale. En septembre 2023, le président Saied a associé un nom juif biblique à une prétendue influence sioniste secrète. L’accusation plus ancienne de contrôleur caché avait acquis une étiquette politique au sommet de l’État.

Le mois suivant, après le 7 octobre et l’explosion de l’hôpital à Gaza, des émeutiers ont incendié la synagogue et le sanctuaire d’El Hamma. Un conflit étranger avait conduit à punir le patrimoine juif tunisien. Ce lien relève d’une interprétation du climat, sans prouver que Saïed ait ordonné l’attaque. Le complotisme politique et la colère dans la rue pouvaient néanmoins renforcer la même idée : la présence juive incarnerait une force extérieure hostile. La destruction du bâtiment montre comment l’opposition au sionisme pouvait devenir un acte antijuif sans qu’une coalition de partis soit établie à sa tête.

Qui protège l’histoire qui reste ?

Le récit du Département d’État décrit une police débordée lors de l’attaque d’El Hamma, sans qu’aucune arrestation n’ait été annoncée à la fin de 2023. Les destructions ont été suivies d’une incertitude quant aux responsabilités.

L’histoire juive de la Tunisie appartient à la vie civique du pays et non en dehors de celle-ci en tant que propriété étrangère. Le sanctuaire endommagé soulève donc une question plus vaste que la réparation d’un bâtiment : celle de savoir si l’État protégera la place d’une minorité dans l’histoire nationale. Les promesses de sécurité devaient être mesurées à l’aune de ce qui se passait lorsqu’un site juif était effectivement attaqué.