Antisémitisme : Belgique

À Bruxelles, en 1370, des Juifs furent torturés et exécutés après une fausse accusation selon laquelle ils auraient profané des hosties consacrées. L’histoire a été répétée dans l’imagerie religieuse pendant des siècles, préservant une image hostile des voisins juifs.

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Publié par WTJPublication mise à jour

Une accusation religieuse devient une exclusion civique

À Bruxelles, en 1370, des Juifs furent torturés et exécutés après une fausse accusation selon laquelle ils auraient profané des hosties consacrées. L’histoire a été répétée dans l’imagerie religieuse pendant des siècles, préservant une image hostile des voisins juifs. La Belgique moderne a ensuite offert la liberté religieuse et attiré des migrants juifs, mais les mouvements nationalistes et fascistes ont adapté les anciens préjugés à l’étranger et à la race. L'occupation allemande de 1940 a exploité une population comptant de nombreux réfugiés et ressortissants étrangers par le biais de l'enregistrement et de la déportation.

1370-XIXe siècle

Accusation et droits · Un récit religieux condamne des voisins bien réels

À Bruxelles, une fausse accusation religieuse a conduit à des exécutions et survécu aux personnes qu’elle condamnait.

Bruxelles, 1370

En 1370, des Juifs de Bruxelles ont été accusés d’avoir poignardé des hosties consacrées volées, qui auraient saigné. Sur la base de ce faux récit de profanation d’hosties, les autorités ont torturé et exécuté des Juifs. Les commémorations religieuses ont ensuite répété l’accusation. Un récit sacré avait transformé des voisins réels en ennemis imaginaires et maintenu l’hostilité visible longtemps après leur mort.

Une place dans le nouvel État

La création de la Belgique en 1830 a apporté un cadre constitutionnel de liberté religieuse. Les résidents juifs pourraient construire des institutions communautaires dans le nouveau pays. Cette promesse a modifié leur situation juridique : la participation ne reposait plus simplement sur la volonté personnelle du dirigeant de tolérer une minorité.

L’enracinement local contredit le récit présentant les Juifs comme étrangers

Des Juifs ont établi des foyers, commerces et associations religieuses dans les villes belges. Des migrants ultérieurs ont rejoint les communautés existantes. Les affirmations nationalistes selon lesquelles les Juifs ne pourraient jamais appartenir à la nation réduisaient ces histoires diverses à une seule image de caractère étranger. Cette identité supposée pouvait être affirmée quelle que soit la manière de vivre de la personne.

1830–1939

Migration et refuge · Bruxelles et Anvers deviennent des lieux où se reconstruire

Les migrants ont trouvé du travail et une communauté, tandis que les mouvements nationalistes européens les ont présentés comme une menace.

Différents voyages en Belgique

Les migrants juifs sont arrivés en Belgique depuis différentes parties de l'Europe. Certains cherchaient du travail ; d'autres ont échappé à la persécution. Leurs langues, engagements politiques et pratiques religieuses différaient. À Bruxelles et à Anvers, ils ont construit des réseaux qui ont aidé les nouveaux arrivants à établir leur vie. La migration n’a pas produit une seule communauté uniforme.

La crise des réfugiés s'aggrave

Alors que la persécution nazie s’intensifiait en Allemagne, les réfugiés juifs cherchaient également refuge en Belgique. Leur présence était une conséquence de l’exclusion ailleurs. En 1940, de nombreux Juifs vivant en Belgique étaient des ressortissants étrangers. Ce statut les rendrait particulièrement vulnérables sous l’occupation allemande.

Le caractère étranger devient une accusation

Les mouvements fascistes et nationalistes considéraient les Juifs comme une influence étrangère au sein de la nation. De telles affirmations transformaient le refuge en suspicion : les personnes fuyant les persécutions pouvaient être présentées comme elles-mêmes le danger. Cette accusation reliait les préjugés hérités aux arguments modernes sur les frontières et l’identité nationale.

1940–1944

Recensement et déportation · Une adresse devient une cible

Les ordres allemands imposaient aux institutions d’identifier les Juifs avant de les isoler et de les déporter.

L'ordre d'inscription

Les autorités allemandes occupèrent la Belgique en mai 1940 et imposèrent des réglementations anti-juives. Les Juifs devaient s'enregistrer et les restrictions limitaient leur travail et leurs déplacements. L'enregistrement est un acte de persécution ayant des conséquences pratiques : une liste officielle facilite l'identification et la localisation des personnes ciblées.

Malines devient un point de transit

Les transports de déportation quittent la caserne Dossin à Malines pour Auschwitz. Les autorités allemandes ont organisé l'opération, et des collaborateurs et policiers belges ont participé aux arrestations dans des lieux particuliers. Nommer ces acteurs est important : un transport nécessitait des ordres, une garde et des personnes pour exécuter les ordres.

La résistance interrompt la machinerie

Des organisations de résistance juive et d’autres personnes venues en aide aux persécutés ont caché des adultes et des enfants. En 1943, des résistants ont attaqué le vingtième convoi de déportation et permis à certains prisonniers de s’évader. Ces actions ont sauvé des vies au sein d’une catastrophe plus vaste. Les persécutions étaient organisées, et certaines réponses l’étaient aussi.

1944 et après

Survie et responsabilité · Qui a aidé cet ordre à devenir possible ?

La libération a laissé la tâche de rendre compte des pertes et des institutions qui les avaient permises.

La libération ne peut pas reconstituer une famille

Les Juifs survivants ont été confrontés à la disparition de proches, à la dépossession et à une vie communautaire perturbée. Les personnes qui vivaient cachées ou qui revenaient des camps avaient besoin de se reconstruire. La fin de l’occupation allemande a modifié le danger, mais n’a pas annulé les meurtres ni restitué automatiquement tout ce qui leur avait été pris.

La coopération était inégale

Les réponses belges différaient selon les institutions et les localités. Certains responsables ont coopéré aux mesures d'occupation, tandis que d'autres ont fait obstacle aux demandes ; les individus ont également choisi la collaboration, l’indifférence ou l’aide. Un compte rendu précis suit ces décisions. Une seule histoire d’innocence nationale ou de culpabilité universelle les dissimulerait.

La leçon du registre

La persécution anti-juive a transformé l'administration quotidienne en un moyen d'exclusion. La même ville dans laquelle une famille avait trouvé refuge pouvait ensuite fournir son adresse aux persécuteurs. C’est pourquoi l’histoire ne concerne pas seulement un envahisseur étranger : elle s’interroge également sur la manière dont les systèmes locaux ont protégé, exposé ou abandonné leurs voisins.

2023–présent

7 octobre et aujourd’hui · 7 octobre et aujourd’hui

Caricature anti-juive populaire, culpabilité collective liée à Israël et radicalisation islamiste se sont combinées dans l’insécurité de la Belgique après le 7 octobre.

Une accusation suit un passant

L’organisme de suivi de la communauté juive de Belgique rapporte le cas d’un passant insulté à propos d’Israël et de synagogues couvertes d’accusations de meurtre d’enfants. Une personne marchant dans la rue, ou un bâtiment servant au culte, était ainsi transformé en substitut d’un gouvernement étranger.

Le changement est devenu visible peu après le 7 octobre. Unia, l’organisme belge pour l’égalité, a reçu beaucoup plus de rapports liés au conflit qu’auparavant, beaucoup faisant explicitement référence à l’origine juive. L’accusation n’a pas attendu que la personne visée exprime une quelconque opinion politique.

L’accusation passe de la caricature à la politique

L’histoire de l’occupation de la Belgique comprend persécutions, collaboration et résistance. D’anciennes caricatures antisémites restaient également utilisables en public : le carnaval d’Alost a perdu la reconnaissance de l’UNESCO en 2019 en raison de représentations racistes et antijuives récurrentes. Ce matériau culturel existait déjà avant le 7 octobre.

Par la suite, la surveillance communautaire a enregistré des synagogues marquées par des accusations de meurtres d’enfants et des Juifs maltraités à cause d’Israël. Il s’agit de transferts concrets d’une accusation politique contre les Juifs, faisant écho à des images plus anciennes de cruauté collective. L’OCAM a observé séparément une augmentation de l’activité de l’extrémisme de gauche autour de Gaza, tandis que le VSSE a documenté le recrutement de djihadistes et la recherche d’influence des Frères musulmans par le biais d’associations. Ces résultats identifient plusieurs canaux ; ils n’impliquent pas que tous les militants de gauche fassent partie d’une alliance islamiste formelle. Le lien réside dans la manière dont les stéréotypes existants, la légitimation politique et la mobilisation extrémiste peuvent rendre l’hostilité envers les Juifs locaux plus acceptable et plus menaçante.

Les images étaient déjà là

En 2019, l'UNESCO a retiré le Carnaval d'Alost de sa liste du patrimoine en raison de représentations racistes et antijuives récurrentes. Cette controverse est survenue des années avant le 7 octobre. Elle a montré que les images dégradantes des Juifs avaient déjà leur place dans la culture populaire belge.

Le conflit ultérieur n’a pas créé ces stéréotypes. Cela a donné à certains d’entre eux un nouveau cadre politique, tandis que la propagande djihadiste présentait une autre menace. Les services de renseignement belges ont décrit des arrestations liées à des violences planifiées contre des Juifs anversois fin 2024. Différentes routes d’hostilité atteignaient la même communauté, dont l’histoire et la vie actuelle étaient trop souvent réduites à l’image d’ennemi d’autrui.