Antisémitisme : Canada

Dans le Bas-Canada colonial, Ezekiel Hart pouvait être élu tout en étant exclu de l’Assemblée parce qu’il était juif. L’élargissement des droits en 1832 a changé la loi, mais l’exclusion sociale et le nativisme ont persisté.

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Publié par WTJPublication mise à jour

Une barrière religieuse devient une barrière frontalière

Dans le Bas-Canada colonial, Ezekiel Hart pouvait être élu tout en étant exclu de l’Assemblée parce qu’il était juif. L’élargissement des droits en 1832 a changé la loi, mais l’exclusion sociale et le nativisme ont persisté. Pendant la Grande Dépression et la montée du nazisme, les Juifs canadiens subissaient l’hostilité tandis que les réfugiés juifs se heurtaient à une politique migratoire restrictive. L’émeute de Christie Pits et le refus d’accueillir les passagers du St. Louis révèlent deux canaux différents : la mobilisation publique et les décisions étatiques sur l’admission.

1807–1832

Un test religieux · Les électeurs choisissent Hart ; l'assemblée le refuse

L’élection d’un représentant juif a révélé l’écart entre le soutien local et l’admission légale.

Ezekiel Hart remporte les élections

Ezekiel Hart fut élu à l’Assemblée du Bas-Canada en 1807, mais il ne put y siéger parce qu’il était juif. Les voisins avaient choisi leur représentant ; les fonctionnaires ont appliqué une barrière religieuse. L'histoire concerne le Bas-Canada colonial, avant la formation de la fédération canadienne moderne.

L’exigence religieuse annule le choix des électeurs

L'exclusion faisait de l'identité religieuse une condition de participation politique. L’élection de Hart ne pouvait pas, à elle seule, contourner les règles de l’institution et l’interprétation du serment. L’antisémitisme s’est opéré ici à travers l’autorité qui décidait quelle représentation était légitime, plutôt qu’à travers une attaque de rue.

La loi change en 1832

En 1832, le Bas-Canada a reconnu aux personnes professant le judaïsme les droits et privilèges des autres sujets britanniques de la province. Ce changement a supprimé une incapacité juridique liée à la religion. Il n’instaurait ni un suffrage universel moderne ni une garantie de disparition des préjugés sociaux.

1933

Hostilité publique · Une croix gammée arrive à un match de baseball

L’agitation d’inspiration nazie a trouvé une scène locale à Toronto, à l’époque de la Grande Dépression.

16 août 1933

Lors d'un match de baseball à Christie Pits à Toronto, des jeunes ont arboré une croix gammée pour provoquer les Juifs canadiens. Une émeute majeure s’ensuit. Le symbolisme nazi ne se limitait pas à l’Allemagne : il pouvait être adopté localement et dirigé contre des voisins dont la vie n’avait aucun lien avec les accusations qui le sous-tendaient.

Le symbole nomme un ennemi

Afficher la croix gammée dans ce contexte communiquait une hostilité anti-juive. Cela a transformé un espace de loisirs en un test pour savoir qui pouvait occuper la vie publique sans intimidation. L’idéologie importée a pris une signification locale parce qu’un public et des agitateurs lui ont donné une cible dans leur propre ville.

Les gens résistent à l'intimidation

Des jeunes juifs et d’autres personnes, dont des Italo-Canadiens, se sont battus contre les provocateurs. La confrontation a révélé à la fois une hostilité organisée et le refus de l’accepter. L’émeute ne doit pas être idéalisée comme une victoire facile : elle montrait une communauté contrainte de défendre sa place dans un espace public ordinaire.

1939

La frontière fermée · Un navire de réfugiés ne trouve aucun accueil au Canada

La politique d’immigration a transformé les préjugés en un refus aux conséquences qui ont changé la vie.

Les passagers du St. Louis

En 1939, le St. Louis transportait plus de 900 réfugiés juifs cherchant à échapper aux persécutions nazies. Après avoir été rejetés ailleurs, les appels pour l'admission au Canada ont également échoué. Les passagers sont retournés en Europe, où les pays les ont acceptés, mais la guerre ultérieure en a placé beaucoup sous le contrôle nazi.

L'exclusion est une décision officielle

L’antisémitisme a influencé les responsables canadiens de l’immigration et les attitudes plus générales envers l’admission des Juifs. Les restrictions ne relevaient pas d’un simple manque regrettable de sympathie. Les responsables avaient le pouvoir d’ouvrir ou de fermer des voies d’accès, et leurs décisions ont réduit les possibilités des personnes persécutées.

Les conséquences dépassent les frontières

Plus d’un quart des passagers du St. Louis sont morts ensuite dans la Shoah. Le Canada ne dirigeait pas le système de mise à mort nazi, mais son refus a contribué à l’échec de leur recherche de refuge. Distinguer ces responsabilités permet d’expliquer à la fois les crimes des persécuteurs et les conséquences des choix d’autres gouvernements.

1945 / excuses en 2018

Reconstruction et responsabilité · Des excuses dénoncent le choix que le pays a fait autrefois

Les survivants ont reconstruit leur vie au Canada, tandis que le refus d’accueillir les réfugiés restait inscrit dans son histoire.

Les survivants arrivent après la guerre

Dans les années d’après-guerre, les survivants de l’Holocauste ont fini par s’installer au Canada et ont contribué à la vie publique juive et plus large. Leur arrivée a changé un pays qui avait auparavant restreint les refuges. Cet accueil ultérieur ne supprime pas les conséquences antérieures, mais il montre que la politique et les possibilités pourraient changer.

Les excuses de 2018

En novembre 2018, le premier ministre canadien a présenté des excuses officielles pour le refus d’accueillir les passagers du St. Louis. Elles reconnaissaient l’antisémitisme et la décision du gouvernement. Nommer la responsabilité compte, car un récit national de refuge risque autrement d’omettre les personnes exclues à la frontière.

Deux portes, une question de pouvoir

Le siège interdit à Hart et la frontière fermée aux réfugiés concernaient différents droits et différents siècles. Dans les deux cas, cela dépendait des institutions qui décidaient qui admettre. La comparaison expose un mécanisme concret : les préjugés deviennent plus conséquents lorsque les responsables les traduisent en règles de participation ou de sécurité.

2023–présent

7 octobre et aujourd’hui · 7 octobre et aujourd’hui

Les soupçons nativistes et néonazis se sont conjugués à la culpabilisation collective anticoloniale et aux réseaux transnationaux de groupes armés dans la nouvelle crise canadienne.

Une école devient le théâtre d’une intervention policière

En novembre 2023, la police de Montréal a enquêté sur des tirs contre une école juive. L’école Bais Chaya Mushka de Toronto a été visée par des tirs à deux reprises en 2024. La police n’a signalé aucun blessé lors de ces attaques à Toronto et enquêtait encore sur le mobile.

Dans une école, une communauté s’attend à voir ses enfants apprendre et grandir. Les tirs ont ajouté la sécurité à ces attentes. Leur place dans les suites du 7 octobre était concrète, même pendant la poursuite des enquêtes : des institutions visiblement liées à la vie juive étaient devenues des cibles, et les personnes qui les fréquentaient devaient vivre dans l’incertitude.

Ceux que l’on disait étrangers deviennent des sionistes présumés

Le Canada a autrefois exclu des réfugiés juifs et traité ses voisins juifs comme étrangers à la communauté religieuse ou nationale. Les mouvements néonazis ont préservé le récit du manipulateur caché. Après le 7 octobre, les chercheurs de B’nai Brith ont aussi constaté que des personnes se disant antisionistes ravivaient la déshumanisation et les théories du complot sur l’influence juive. De part et d’autre, changer d’étiquette pouvait laisser la cible juive intacte.

L’activisme anticolonial s’est transformé en exclusion lorsque des institutions ou étudiants juifs canadiens ont été traités comme des agents d’Israël. Le Canada a aussi inscrit Samidoun sur la liste des entités terroristes ; le Trésor américain l’a identifié comme une façade de collecte de fonds pour le FPLP marxiste-léniniste. Une procédure distincte portait sur un projet d’attentat présumé inspiré par l’EI contre un centre juif de Brooklyn, impliquant un suspect résidant au Canada. Ce sont des voies distinctes par lesquelles l’action de groupes armés à l’étranger a marqué les suites du 7 octobre au Canada, parallèlement au retour d’anciens préjugés dans le langage politique quotidien.

Ce que signifie se sentir chez soi

Les données de la police canadienne ont montré une forte augmentation des crimes haineux anti-juifs après le 7 octobre. La baisse ultérieure n'a pas ramené les chiffres à leur niveau de référence antérieur. Les reportages de la communauté juive décrivent également des personnes se retirant de la vie publique ou se sentant moins en sécurité.

Certains ont envisagé de déménager en Israël et les candidatures ont augmenté. D’autres sont restés et ont été confrontés à la question de savoir comment vivre ouvertement en tant que Juifs. Il s’agissait de décisions différentes, et non d’une réponse collective. Ensemble, ils montrent comment l’hostilité peut réduire le sentiment d’appartenance avant même qu’une personne décide de le quitter.